Changement d'herbage réjouit les brebis - L'estive de Melles - Épisode 2
Au soir du 16 juin nous avions laissé les brebis de Pascale et de Stéphane aux Sédères en compagnie des 2 jeunes bergers espagnols Amanda et Salvador, attendant l’ensemble du troupeau du Groupement pastoral du Crabère.
Depuis les 1500 brebis des éleveurs avaient pris leur quartier d’été sur les hauteurs de Melles reprenant du « poil de la bête » au bon air des montagnes.
Pour nos jeunes bergers cette première période fût le baptême du feu, avec le mauvais temps le brouillard, la pluie, la rencontre avec l’ours et l’acclimatation à la rudimentaire vie de l’estive.
Se relayant matin et après-midi, ils s’installèrent dans un rythme de travail soutenu et précis; l’appoint d’un berger de nuit trois fois par semaine et quelques tirs d’effarouchement vinrent compléter la période.
Un mois plus tard, le jeudi 18 juillet, les animaux ayant bien profités, il était temps de changer d’herbage.
Changement d’estive pour le troupeau quittant les Sédères afin de rejoindre le plateau d’Uls, au pied du pic du Crabère.
Un déplacement spectaculaire pour les 1500 bêtes, qui ont dû redescendre vers Labach pour ensuite suivre le sentier du GR10 avant d’atteindre l’herbe grasse du Plateau D’Uls, et la cabane des bergers avec 1000m de dénivelé dans les pattes.
Nombre des éleveurs étaient mobilisés pour accompagner cette nouvelle transhumance.
Dès l’aube Pascale, Jérôme et Ben montaient aux Sédères rejoindre les bergers et se mettre en route.
À Labach les chevaux de Capucine chargés de sacs attendaient l’arrivée des sonnailles.
Mais, contre temps fâcheux, pendant la nuit précédente une jument s’étant blessée au jarret, il fallut improviser une descente du chargement à Fos pour l’héliportage programmé 2 jours plus tard.
Un peu avant 9h, apparût l’impressionnante marée descendant les prés de Labach, brebis et Patous mélés, les chiens au pied de leurs maîtres et les humains sur le qui-vive ; une image saisissante, un spectacle ancestral immortalisé par la technologie moderne comme les téléphones portables.
Certaines agnelles trop faibles ainsi que le vieux bélier Pépère rejoignirent la camionnette de Stéphane pour une descente vers la bergerie, fin des vacances à la montagne pour eux.
Vers 9h, après quelques soins prodigués aux brebis blessées, le troupeau repartit attaquant la montée sous un soleil déjà chaud.
Pascale, à l’avant du troupeau, laissait les « vieilles »brebis expérimentées ouvrir la marche, les jeunes suivaient étonnées par un caillou, une flaque, une branche, découvrant cette nouvelle balade.
A l’arrière les autres éleveurs fermaient la marche et rattrapaient les égarées folâtrant sur les pentes.
Bientôt quelques randonneurs se massèrent à la suite de la troupe espérant garder leur objectif horaire, mais ils durent apprendre la patience.
Au commencement du GR10 le ruisseau d’Aouèdo et sa partie effondrée présentait la première difficulté sérieuse ; impossible de le franchir autrement qu’une à une, en sautant sur les pierres mouillées. Les agnelles hésitantes et les anciennes aguerries passèrent l’obstacle avec brio sous le regard attentif et soucieux des humains car ce passage avec sa chute d’eau présente un réel danger.
Avec le ruisseau de Pierre noire, une nouvelle épreuve, qui fut surmontée avec succès.
Puis, la montée raide dans la forêt ombragée jusqu’à la fontaine des Salières, suivie des lacets des Angles, étirèrent la caravane jusqu’au premier plateau en une procession laineuse.
Au loin les premières brebis passaient le verrou des Angles que nous sortions à peine de la forêt.
A la queue, les randonneurs d’abord étonnés par cette rencontre insolite, piaffaient maintenant d’impatience de doubler le troupeau pour reprendre leur liberté ; mais, les à-pics, les rochers à franchir et la masse des animaux ne le permettent pas sans danger pour le troupeau.
Les chiens, eux même, respectent la marche des brebis attentives à chacun de leur pas.
Pas question de perturber ou même pire, d’affoler les bêtes.
Dès le premier plateau herbeux les animaux se dispersèrent sur les pentes et autour de l’ancienne cabane sous l’œil ébahi de quelques locataires buvant leur café au soleil.
De là, chacune savait ce qu’elle devait faire : brouter, ruminer à l’ombre d’un rocher, boire au ruisseau, ou continuer la montée vers le Plateau d’ULS plus très loin.
Pascale laissant faire, nous attendait pour continuer vers la cabane des bergers avec « la voiture balai ».
Enfin, peu avant midi, la troupe atteignait sa destination, traversant la zone humide et protégée sur les passerelles.
Amanda et Salvador découvrirent alors leur nouveau lieu de travail et de vie.
Le plateau les enchanta d’emblée par sa vue dégagée, son cirque facilitant le regroupement des animaux et la surveillance, l’eau abondante au ruisseau pour se désaltérer et rendre la vie plus douce, et la vue sur les pics montagneux.
L’intérieur de la cabane promise à un grand nettoyage après l’hiver et quelques souris, les rassura sur leurs conditions de vie à l’estive.
Et chacun se mit au travail pour préparer l’installation : brancher les panneaux solaires, refaire le circuit de l’eau, bricoler la lumière, laver la vaisselle au ruisseau, nettoyer le coin cuisine, préparer le repas, faire les big bags de poubelles que l’hélico prendra ; une ruche où chacun sait ce qu’il doit faire et puise dans ses souvenirs des séjours précédents.
Puis, le repas réunit autour de la table les convives affamés, fatigués et heureux de la tâche menée à bien dans une ambiance joyeuse.
Avant de laisser les bergers à leur solitude, avec promesse d’un retour dans quelques jours, les
dernières recommandations furent échangées : soins à prodiguer, téléphone satellite, rappel des zones où les portables passent, dates des héliportages de matériel et de la cabane du berger de nuit.
Enfin, les éleveurs entamèrent la descente vers la vallée croisant au passage les dernières brebis montant lentement vers le troupeau.
Les 5 Patous ayant colonisés l’ombre de la cabane dormaient du sommeil du juste se ressourçant après l’effort de la montée, conscients sans nul doute que c’est la nuit qu’il faut veiller sur le troupeau.
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